Le département de l’Essonne, malgré une pression humaine de plus en plus importante liée à l’urbanisation, l’industrialisation et l’agriculture intensive, recèle des parcelles de nature sauvage où vit une faune surprenante et méconnue.
Au carrefour de régions naturelles aux paysages variés, l’Essonne procure des conditions propices au développement d’une faune et flore diversifiées et à la présence de milieux naturels riches sur le plan écologique.

 Le cadre humain
 
Le département de l’Essonne s’étend sur 1820 km² et comprend plus d’un million d’habitants. En France, c’est le département qui a connu la plus forte croissance démographique (sa population a doublé entre 1960 et 1975). 
Le Nord du département, en continuité avec l’agglomération parisienne, a une forte densité de population. Des villes nouvelles (Evry, Corbeil-Essonnes, Melun-Sénart) se sont constituées. Au contraire, dans le Sud de l’Essonne, la population est réduite, regroupée dans des villages généralement peu étendus ou des fermes isolées et quelques villes (la plus importante étant Etampes avec environ 20 000 hab.). Ainsi, le tiers de la superficie du département concentre près de 90% de la population. 
La proximité de Paris se ressent également sur l’importance du réseau routier et ferroviaires, en direction de la capitale ou la contournant. Ainsi, les autoroutes A6, A10 et le TGV Atlantique limitent considérablement les déplacements de la faune et les échanges avec les régions naturelles limitrophes (forêt de Rambouillet, de Fontainebleau et de Sénart notamment). De même, la Nationale 20 qui coupe le département en deux, gêne la faune dans ses déplacements entre les massifs forestiers du Hurepoix et du Gâtinais. 
 
La RN 20 à Montlhéry
 

Les activités industrielles sont aussi plus denses dans le Nord du département, et sont dominées par les constructions mécaniques et électriques. La vallée de la Seine est un pôle particulièrement important. La basse vallée de l’Essonne est également industrialisée (papeteries sucreries, …) mais l’activité y a fortement décru.
Les technologies de pointe (électronique, énergie atomique) et de recherche s’opèrent sur Corbeil/Evry, la vallée de l’Yvette (Gif, Orsay) et le plateau de Saclay.
L’exploitation des carrières (craie, meulière, sables, argiles, grès, tourbe…) et les activités en découlant (briqueteries,…), autrefois artisanales, se sont concentrés sur des exploitations de grande taille (Vayres-sur-Essonne …).
 
 
Secteur de grande culture
Les activités agricoles s’étendent sur de vastes surfaces, notamment dans le secteur de la Beauce où se pratique une agriculture intensive (blé, orge, maïs, betterave sucrière…), nécessitant l’emploi de produits phytosanitaires et l’irrigation. Ces techniques portent les rendements à de très hauts niveaux mais restent préjudiciables aux milieux naturels (uniformisation de l'espace, impact des produits phytosanitaires sur la faune et la flore…) et à l'environnement (détérioration de la ressource en eau, des sols…). Dans le Hurepoix, par contre, les cultures maraîchères, fruitières et florales, parfois encore menées de façon extensive et favorable aux équilibres naturels, sont en déclin. L’élevage a quasiment disparu ou ne subsiste que dans quelques grandes étables. Des cressonnières, autrefois prospères, subsistent dans les hautes vallées de la Juine et de l’Essonne et de leurs affluents. 
 
 Le climat et la géologie
Le climat, la nature et l’histoire du sous-sol sont des facteurs fondamentaux qui influent sur le relief, les paysages, la végétation et en définitive la faune, et même les activités humaines (carrières, nature et productivité des cultures, matériaux de construction traditionnels…). C’est pourquoi, il est important de les avoir à l’esprit pour mieux comprendre les paysages, les milieux naturels et les hommes de notre département.

Le climat de l’Essonne, comme de l’ensemble du Bassin parisien, est de type océanique de transition (ou atlantique dégradé). Toutefois, le degré d’humidité varie régulièrement selon la direction Nord-ouest / Sud-Est. Cette variation tient tant à la nature du sol (plus marneux dans le Hurepoix, plus calcaire dans la Beauce et le Gâtinais) qu’à une variation de la pluviométrie. En effet, la pluviométrie annuelle est comprise entre 600 et 800 mm pour le Hurepoix, mais inférieure à 600 mm dans le secteur beauceron. Le climat de la Beauce connaît d’ailleurs des influences continentales notables (hivers rigoureux, étés chauds et orageux).
Ainsi, il existe une frontière assez nette, allant approximativement d’Authon-la-Plaine à Mennecy, délimitant une région septentrionale humide aux boisements de type sub-atlantique (dominés par les chênes sessiles et pédonculés) et une région méridionale d’influence méditerranéenne à boisements secs (domaine du chêne pubescent). Par ailleurs, l’orientation Nord-Sud d’une partie du réseau hydrographique favorise la remontée de cette influence méditerranéenne.

Pour expliquer la géologie de la région, il faut au moins remonter à l’ère secondaire (de –230 à –65 millions d’années) au cours de laquelle, l’ensemble du Bassin parisien a été régulièrement recouvert et découvert par la mer (phénomènes de transgression et régression marines). Des épaisseurs impressionnantes (jusqu’à 3000 mètres d’épaisseur) de sédiments de nature diverse (sables, vases, galets, coquilles et enveloppes calcaires d'organismes marins...) ont été déposés par la mer ou apportés par les rivières. Leur énorme poids a provoqué l’incurvation progressive des terrains (phénomène de subsidence). La cuvette ainsi formée accumulait donc des couches de sédiments concentriques (Paris se situe désormais au centre de cette cuvette). La dernière de ces couches (déposée au cours du Crétacé) est constituée de craie d’origine marine.
Au début de l’ère tertiaire (-65 millions d’années), la sud de la région parisienne est un golfe, parsemé de lacs et lagunes, où viennent se jeter d’importants cours d’eau alimentés par les pluies diluviennes de type tropical. Ils charrient de grandes quantités de sédiments, des argiles en particulier, en provenance du Massif Central, et érodent les plateaux de craie. Puis plusieurs transgressions marines, venant encore du Nord, plus importantes déposent un calcaire grossier, riche en fossiles, puis des sables, jusqu’aux environs de l’actuelle vallée de la Rémarde et de Melun. Au Sud-Est, au niveau de l’actuelle Brie, les lagunes saumâtres sont remplacées par un lac d’eau douce qui dépose le calcaire de Brie, partiellement meulièrisé.
 
Puis une dernière transgression marine, s’étendant loin dans le sud du bassin parisien, dépose une épaisse couche de sables (sables de Fontainebleau). Après le retrait progressif de la mer, se déposent des argiles à meulières dans la région du Hurepoix,  et le calcaire d’Etampes plus au sud. Des dunes (sables de Fontainebleau) sont créées par les vents. Le sable à leur sommet se transforme progressivement en dalles de grès, que l’on observe aujourd’hui sur les platières et les chaos en forêt de Fontainebleau, par exemple. Les pluies tropicales gonflent les cours d’eau alimentant désormais l’immense lac, dit lac de Beauce,  qui s’étend sur la région découverte par la mer (-23 millions d’années). Se dépose alors la couche de calcaire de Beauce, partiellement meulièrisée. Après l’assèchement du lac de Beauce, des sables venus du Massif Central (sables de Lozère, village près de Palaiseau), puis des débris plus grossiers (cailloutis des plateaux) sont déposés par les rivières.   
La carrière de Villejust dévoile les sables de Fontainebleau
 

La fin de l’ère tertiaire est marquée par le soulèvement du Bassin parisien vers le Nord et l'Est puis de son ensemble, contrecoup de la formation des Alpes. Parallèlement, l’érosion attaquent les terrains meubles et les cours d’eau dégagent les grandes plates-formes (Brie et Beauce, pour le sud du bassin). 
 
 

Des souches fossiles de cyprès témoignent de la végétation tropicale le long des lagunes du tertiaire

 
Au quaternaire (-2 millions d’années à nos jours), une succession de périodes glacières provoque des variations du niveau des mers, et un creusement important des vallées (parfois asséchées de nos jours), jusqu’au relief que l’on connaît aujourd’hui. Sur les vastes étendues glacées et dénudées, se déposent une couche parfois épaisse de fines poussières limoneuses, le loess, apportées par le vent et qui explique aujourd’hui la fertilité des sols agricoles de la région.
 

 Les sols

Interface entre la roche-mère, l'atmosphère et le monde vivant, le sol résulte d'interactions complexes entre ces différents composants et le climat. La végétation et par conséquent, la faune, dépendent étroitement de la nature du sol. En Essonne, les sols neutres à légèrement acides (sols bruns lessivés sur limon) et les sols basiques (sur calcaire) prédominent. Sur sables siliceux (sables de Fontainebleau...), des sols acides (sols podzoliques et podzols) se développent et sont principalement occupés par des boisements de pin sylvestre et des landes à callune. Les vallées sèches ou de cours d'eau font affleurer des couches calcaires ou marneuses et ainsi les rebords de plateaux et les versants sont recouverts de sols bruns calcaires. L'érosion et l'éboulement des strates sur les versants provoquent un mélange de ses différentes couches géologiques calcaires, marneuses ou siliceuses (colluvionnement), conduisant à des mosaïques ou des complexes de sols particuliers. Les fonds de vallées de cours d'eau sont occupés par des alluvions ou localement par des tourbes (vallées de l'Essonne et de la Juine).

 Les régions naturelles
Au cours de l'ère quaternaire (-2 millions d’années à nos jours), l'érosion et les cours d'eau ont donc sculpté le relief actuel, dégagé des couches géologiques différentes et matérialisé plusieurs plateaux. A la faveur des caractéristiques de ces plateaux, quatre régions naturelles se dessinent en Essonne :
Le Hurepoix
Au Centre-Ouest, le Hurepoix s'étend avec ses vallonnements, massifs boisés (forêt de Dourdan…), buttes et plateaux agricoles. Les nombreuses vallées où s'écoulent l'Orge, l'Yvette, la Juine, l'Essonne, la Remarde et la Renarde ajoute à son pittoresque. Son sous-sol principalement marneux et sableux (sables de Fontainebleau,…), favorable au maraîchage et aux cultures florales, n'autorise la culture céréalière ou betteravière que sur les plateaux recouverts de loess. Ailleurs, s'étendent des petits bois, des vergers, quelques prairies.

La Brie
Au Nord-Est, se trouve la partie occidentale de la Brie Française, plateau agricole calcaire (calcaire et meulière de Brie). Elle est traversée par la Seine et abrite la forêt de Sénart.

La Beauce
Au Sud, s'étend la Beauce, vaste plateau calcaire (calcaire d'Etampes et calcaire de Beauce) dont la riche couche de loess le destine à l'agriculture intensive (betterave sucrière, céréales, maïs…). Son climat est plus rude que dans les régions voisines : hivers plus rigoureux, étés chauds, et plus secs. Les cultures sont régulièrement irriguées, par l'intermédiaire de forages dans les nappes souterraines profondes. Contrairement à ses secteurs du Loiret et de l'Eure-et-Loir, la Beauce en Essonne est traversée par quelques vallées magnifiques (Juine, Chalouette, Eclimont) et vallées sèches, qui rompent la monotonie de son paysage.

Le Gâtinais Français
Au Sud-Est, se trouve la partie occidentale du Gâtinais (le Gâtinais français ou Gâtinais riche), traversée par la haute vallée de l'Essonne, de l'Ecole et de nombreuses vallées sèches. Les plateaux, encore riches en loess, sont cultivés de manière intensive. Le paysage  y est particulièrement original avec de nombreux coteaux secs (sur sables et grès de Fontainebleau, surmontés de calcaire de Beauce), et massifs forestiers sur sables et grès (massif des Trois Pignons, en continuité de la forêt de Fontainebleau).